Ce n'est pas notre petite Antigone qui l'a dit, mais elle aurait pu. Extrait d'un poème de Charles Baudelaire, à lire et relire. Il faut se plonger dans ces vers, et dans l'immensité du monde qu'ils nous disent, encore et encore. En aura-t-on jamais fait le tour, de ces vers-là ?... J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans. Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans, De vers, de billets doux, de procès, de romances, Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances, Cache moins de secrets que mon triste cerveau. C'est une pyramide, un immense caveau, Qui contient plus de morts que la fosse commune. - Je suis un cimetière abhorré de la lune, Où comme des remords se traînent de longs vers Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers. [...] - Désormais tu n'es plus, ô matière vivante ! Qu'un granit entouré d'une vague épouvante, Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux ; Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux...